Et avec des oranges ?

by Xas 17. September 2010 05:31

Aujourd'hui on va parler couleur. J'ai été tristesse l’autre soir face à une photo à cause de ça.

Tout d'abord on va expliquer la configuration de travail. Depuis Lightroom, j'ai paramétré mes exports en ProPhoto RGB + 16 bits. Et là, le néophyte, il arrête de lire. A moins qu’on lui explique. Et s’il est assez curieux. Et comme niveau explications je me la donne trop à rien, et bien je vais lui faire ce plaisir de tout lui dire dans le seul but d’espérer l’embrouiller encore plus. Car comme l’a dit un grand philosophe chinois, plus on en sait, plus tout cela devient compliqué.

Déjà qu’est ce que le ProPhoto RGB ? C'est un profil mathématique qui définit comment doit être représenté une couleur.

Je regarde par exemple une pomme verte. D'un point de vue purement parfait, je sais que cette pomme se définit par 99.6% de vert et 47.38% de rouge, ce qui semble donner un petit coté jaune à la pomme verte qui n'est donc pas vraiment verte. Mais le marchand de fruits me dit que c’est une pomme verte, alors je veux bien le croire, il connait son boulot mieux que moi.

Pomme bleue
Bon il y aura toujours une pomme pour faire chier son monde…

Le rôle profil permet de dire quel couleur afficher quand on fait 99.6% de vert + 47.38% de rouge. Oui ça donne un jaune, mais quel jaune ?

Bien qu’à priori on ne demande qu’un seul boulot au profil, ce dernier, un vrai petit con, n’est jamais parfait, malheureusement. Tout n'est question que d'interprétation mathématique. Oui, encore des maths.

Vulgarisons tout cela : Un profil de merde ne définit que 3 jaunes. Jaune foncé, jaune, et jaune clair. Un profil moyen est plus précis puisqu'il sait aussi indiquer le jaune un peu moins foncé, et le jaune un peu moins clair. Et plus le profil est bon, plus la palette des couleurs se rapproche de la couleur de la pomme. Et avec un profil de merde, peut-être que ce dernier va considérer que la pomme ne ressemble à aucun jaune et qu'il est plutôt vert clair.

Voilà ce qu'est que le profil couleur. Bon tous les profils se base en général sur *LA* formule mathématique qui définit chaque couleur à partir du Rouge/Vert/Bleu : le CIE XYZ. A partir de là chacun peut développer son propre profil (voir la définition anglaise du XYZ pour plus d'informations). On peut avoir le profil L*a*b* qui a été calculé pour représenter toutes les couleurs que perçoit l'œil humain. Mais sa définition même la rend inutilisable sur un écran (la luminosité joue un rôle). On à le ProPhoto RGB qui est le plus complet. Que j'utilise donc. Il y a aussi le plus célèbre, le sRGB. Célèbre parce qu'il se retrouve finalement toujours en bout de chaine. Quand vous donnez votre photo numérique à développer, cette dernière doit être sauvegardé sous ce profil. Sinon gare aux surprises (comme la raison initiale de mon post). Mais c'est aussi le plus pourri, donc n'y passez qu'au dernier moment. Et comme on peut tromper une personne avec mille mots, on ne peut pas tromper mille personnes avec mille images...


On voit sur l'image que la précision du blanc se perd.

Il faut donc toujours travailler en ProPhoto, pour éviter de charcuter le moins possible les informations colorimétrique. Vulgarisons cela par cette série d'actions :

1) j'ouvre mon fichier
2) je fais une manip
3) je sauvegarde sous format TIFF
4) je ferme mon fichier
5) je retourne en 1

Ca, c'est faire du ProPhoto. Travailler en sRGB, ça revient à remplacer le format TIFF par du JPEG. C'est sale, Doc, c'est sale...

Et tout ce discours s'applique de la même manière sur le travail en 16 bits.

Toutes les couleurs ne sont qu'une combinaison de rouge, vert, et bleu. Chacune de ces trois couleurs est codé de 0 à 255 (8 bits). Travailler sur un codage 16 bits c'est pour la même raison. Le flux de travail reste le plus respectueux possible des couleurs de l'image. La déception n'apparait qu'à la fin lors de l'export WEB ou vers l'imprimante.

Alors oui, certains vont me dire que oui, c'est vrai, mais que de toute façons on s'en fout parce que l'écran lui, il affiche à peine un peu mieux que le sRGB, et seulement en 8 bits. 12 pour les modèles pro hors de prix. Donc on s'en fout en fait, vu que ça sert à rien, vu qu'on voit pas la différence.

Hélas, mille fois hélas, ce n'est pas parce que l'écran n'est pas fidèle que la photo doit perdre de sa splendeur. C’est comme de se dire qu’une capote par jour suffit. Et le jour où les jumelles débarquent, tu vas en faire attendre une ?

Pour conclure travailler en photo numérique, c'est un écran calibré, un profil ProPhoto et du 16 bits. Du début jusqu’à juste avant la fin. Avant la fin ?

La fin c’est la dernière sauvegarde. Photo pour le web ? Pour l'imprimante ? Ou pour envoi à tirer dans un labo ?

Et là, il n'y a pas de secret, ça finit en sRGB, 8 bits. Toujours. Tout le temps. Même pour les N/B. Car les écrans répondent majoritairement au profil sRGB. L'imprimante y reste proche aussi. Et dans un labo, les machines ne gère pas le profil et considère que le monde n'existe qu'en sRGB.

Pour en revenir au début du post et à ma tristesse de l’autre soir (car c’est quand même pour ça que j’ai commencé à écrire tout ce blabla), tout est la faute à ce profil de merde. Quand vous voyez la contenance du profil sRGB, on voit que ce dernier pue quand même de la gueule quand il faut parler des nuances du vert. Et du bleu. Du coup, avec une belle fleur d'un rouge vif, entourée d'un jaune aussi vif, sur fond vert bien tapant (haaa les jours ensoleillés), le passage en sRGB a rendu tout cela beaucoup plus fade. Et on ne peut rien y faire. Sauf peut-être avec beaucoup de boulot de post-production. Ce qui me fait dire qu’un tirage couleur analogique risque de rester meilleur que l’imprimante jet d’encre pendant encore un petit moment.

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